Laisser le rêve ouvrir la route…

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Lundi 23 MaI

De Velleron à Saint Remeze (gorges de l’Ardeche)

Après une journée entière de repos chez mon frère (merci Antoine et Annette), il ne me reste plus qu’à franchir le Rubicon, qui, en Comtat Venaissin, s’appelle le Rhône. Et contrairement à la légende qui en fait un exploit, ce n’est rien que du bonheur. Les routes sont parfaitement plates et on peut y faire toutes les demies heures la course avec un TGV. La seule côte sérieuse est celle des vignobles de Chateauneuf du Pape (ou je m’arrêterai évidemment boire ….un cafe). Le pont sur le fleuve offre une vue inoubliable et romantique sur la centrale nucléaire de Marcoule. Que pourrait demander de plus le petit peuple cyclotouriste ?

C’est sûrement au moment où je m’emm…. paisiblement et où je me demandais ce que je foutais la que m’est brutalement venue l’idée d’abandonner l’itinéraire prévu et d’aller visiter la grotte Chauvet, a côté de Vallon Pont d’Arc, dernière découverte majeure de l’art de la préhistoire. De toute façon aucun de mes contacts Warmshowers ou Couchsurfing n’avaient daigne me répondre. J’étais donc parfaitement libre.

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C’est ainsi qu’à six heures du soir, au terme d’une étape de 90 kilomètres, pénétré de millions de particules fines et tout poisseux de vapeurs d’essence, j’échouais dans un camping à Saint Remeze, dernier village avant la fameuse grotte (ou plutôt, comme à Lascaux, avant son fac-similé ).

Un camping, pour moi, c’est une solution de substitution à Warmshowers, en mille fois pire. Un dix mètres carré de pelouse et une douche chaude pour 8 Euros, au milieu de gens qui s’emmerdent dans leurs bungalows ou leurs caravanes et regardent ma petite tente comme aussi incongrue ici qu’un chapiteau de cirque…. Ne soyons pas ingrats: il y avait aussi des bières et la Wifi…. À toute chose, malheur est bon !

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Mardi 24 Mai
De Saint Remeze à Banne

Les peintures de la grotte Chauvet ? Une splendeur qui nous questionne, car bien que deux fois plus anciennes que celles de Lascaux, elles sont tout aussi belles. Pour le reste, une usine a 1000 touristes par heure (et j’y fus a une date et à une heure de basse fréquentation). Une guide qui dévide trop sagement son baratin et prend soin surtout de les distances avec le groupe suivant. Des casques vissés sur les oreilles qui empêchent tout dialogue et déshumanisent la visite (autant faire des visites libres avec dès audio-guides). Une galerie des Aurignaciens qui, elle, est en visite libre, mais avec une débauche technologique de moyens vidéos. C’est du culturel à consommer, privé de tout échange humain… Finalement, l’Aurignacien local qui aura été le plus humain ce matin-là , sera le vigile qui, bravant tous les interdits du plan vigie-pirate, m’ouvrira les portes de la consigne devenue inutile pour y abriter mon précieux vélo.

Après cet intermède touristique, retour au voyage.
Je m’étais promis de passer par un tout petit village ardéchois, Bessas, pour y revoir celui et celle qui, pendant mes longues années grenobloises, furent à la fois des amis et des parents de substitution, ceux chez qui on pouvait s’inviter le soir, ceux qui m’ont aidé patiemment a trouver ma voie montagnarde au milieu de tous les doutes et de tous les possibles. Jean – mon professeur d’escalade et d’alpinisme – et Claudette Giroud furent ceux-là . Ils n’étaient hélas pas dans leur maison de Bessas lors de mon passage. Je le savais et j’ai tenu pourtant à passer par ce petit village entoure de vignes. Ma façon à moi de rendre hommage à ce couple d’amis exceptionnels.

Ce que j’avais oublié, c’est que le petit col qui domine le village, le col de la Serre, cache derrière son altitude débonnaire (371m) une bonne montée à 11%. C’est parfois terriblement exigeant, le culte de l’amitié…

En soirée, fourbu, j’atteins le très beau village perché de Banne. Au pied de la côte qui y conduit un panneau « Auberge de Banne » m’avait alléché… Ce qu’hélas le panneau ne précisait pas, c’est qu’il s’agissait d’un hôtel 4 étoiles, interdit aux routards de mon espèce. Je perdis ensuite une heure à trouver les deux chambres d’hôtes de la commune ….pour me rendre compte que leurs propriétaires respectifs étaient absents.

Il ne me restait plus, la queue basse, qu’à reprendre la route. La D251 ressemble davantage à une étroite route communale qu’à une vraie départementale. Discrète, elle se glisse en serpentant au milieu d’un plateau de lapiaz couvert d’un maquis très dense qui évoque le célèbre bois de Paiolive, juste a côté des Vans. A cette saison, ce maquis de chênes-verts est en pleine floraison et ce parcours fut un véritable enchantement, après les désillusions de Banne. Je me suis enfoncé loin le long d’une piste forestière, avant de planter mon second bivouac du voyage au milieu des fleurs sauvages…

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Mercredi 25 Mai
Du plateau de Banne à Villefort par le col du Peras

Je suis reparti le lendemain sur les petites routes enchantées des contreforts des Cévennes, celles où l’on passe insensiblement des chênes verts aux pinèdes et aux châtaigneraies. Le filtre de beauté distillé par Merlin devait être si puissant, ce matin-la, que lorsque je me suis rendu compte que j’avais loupé le bon embranchement, il était déjà bien trop tard pour faire demi-tour. Il ne restait donc plus qu’à improviser mon itinéraire du jour… C’est ainsi qu’un petit village perdu dans la montagne, Bonnevaux, m’attira en me promettant la découverte d’une abbaye, dans mon esprit forcément cistercienne et romantique. Au terme d’une rude ascension, il s’avéra que l’abbaye – si elle existe – est aujourd’hui un domaine privé, mais que le village abritait une merveille d’église romane? Aux murs ornés de curieuses têtes sculptées. Et puis il y faisait si bon et si paisible que cela valait bien toute la rigueur de l’ascèse cistercienne…

C’est ainsi, en lâchant prise devant les imprévus et en laissant peu à peu mes rêves ouvrir ma route que je suis arrivé à Villefort, ce bourg sans charme qui marque pour moi la frontière exacte entre le « Midi » et le Massif Central, entre le monde des collines et celui de la montagne. Ici se terminait la seconde étape de mon périple sur la rive droite du Rubicon…

Une réflexion sur « Laisser le rêve ouvrir la route… »

  1. Tu as traversé une partie de ce que je préfère en Ardèche… Juste au bas du Bois de Païolive coule le Chassezac… Arf, comme ce soir je donnerais cher pour te retrouver au campement… Bisous, Poupou

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