El fin del mundo

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Ma maison à Estenc pourrait s’appeler la Fin du Monde.

Parce qu’elle marque le terme de notre petite route et qu’y débute le sentier qui monte au col de Gialorgues.

Parce que la zone centrale du parc national se trouve à quelques centaines de mètres à peine, mais surtout parce que la nature ignore les contingences administratives, qu’aucune clôture ne vient cloisonner les propriétés de notre hameau et que le wilderness commence réellement devant ma porte.

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Les matins où je n’enfourche pas ma deux roues pour un galop (enfin, c’est très vite dit !) d’entraînement jusqu’au col de la Cayolle, je me risque sur la pointe des pieds dans le clair-obscur du sentier. Seuls les casse-noix, à grands coups de cris aigres, manifestent leur désaprobation devant cet intempestif. Mais ce ne sont que des mauvais coucheurs et je préfère les ignorer.

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Le chemin emprunte d’abord un peu de leur couleur aux grappes rouges des sorbiers, puis un peu de hauteur de vue aux montagnes proches (quel bonheur alors de dénicher la maison à travers les arbres – regardes, là, juste en contrebas), avant de se glisser dans le silence soyeux de la forêt de mélèzes. Quelques rayons obliques jettent au creux des clairières des éclairages de sanctuaire. Ici, même les choses les plus complexes, comme cette toile d’araignée perfectionniste, deviennent belles et simplement évidentes. Nul endroit en montagne ne dégage une telle quiétude. On s’y sent protégé, à l’abri, serein, hors du monde.

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Plus loin, la sente se rapproche du torrent et de la vie. C’est ici que les bêtes viennent boire, que l’eau chante et cascade gaiement le long des rochers. Sur l’autre rive, de grandes prairies de fauche impudiques viennent se baigner en pleine lumière dans la baie cernée de montagnes où le Var vient prendre source.

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Avant de rentrer, je prends le temps de m’assoir quelques instant au bord du petit lac, sur l’un de ces bancs de méditation où l’âme et le regard s’abiment dans l’infini des cimes, des nuages et de leurs reflets.

Quand tu viendras, c’est ici que je t’embrasserai.

Juste avant la fin du monde.

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