Le désert des « terres rouges »

Impossible d’ignorer le moment où l’on pousse la porte de notre haute vallée. D’abord, parce qu’elle est spectaculaire – ce sont les gorges de Daluis – et ensuite parce que la roche s’y teint brutalement d’un rouge sombre et profond. C’est à travers ces “terres rouges” que je suis allé randonner hier, chassé de mes neiges d’altitude par une bise plus que glaciale.

Les “terres rouges” de Daluis et du Dôme de Barrot, aujourd’hui classées en Réserve naturelle, dessinent entre les canyons du Cians et du Var un petit territoire sauvage aux paysages à nuls autres pareils. Lorsque j’arpente leurs chemins, je repense toujours malgré moi aux descriptions sublimes du désert de Moab et des grands canyons américains par cet inclassable écolo d’avant-garde que fut Edward Abbey, notamment dans son bouquin sublime, “Désert Solitaire”.

Aujourd’hui, certes, ces “terres rouges” sont un véritable désert. Pourtant, il n’en fut pas toujours ainsi. D’abord, parce que ces roches rouges très anciennes – les pélites – étaient riches en minerai de cuivre (voire même en pépites de cuivre pur), et que cette richesse attira les hommes depuis l’Antiquité. Partout des vestiges de galeries ou de sondages, et même un ancien hameau de mineurs (Amen) témoignent d’une ruée vers le cuivre, qui connut son apogée au milieu du XIXème siècle. Les mines du Cerisier, dans la vallée de la Roudoule, employaient alors jusqu’à une centaine de mineurs.

Mais ce n’est pas tout ! Pour éviter l’obstacle des gorges de Daluis mais aussi … le passage de la frontière avec la France, le chemin le plus court pour se rendre du Val d’Entraunes à Nice traversa pendant des siècles les “terres rouges” en empruntant le col de Roua. On appelait même cet itinéraire “la voie romaine”, car il était soigneusement dallé afin d’éviter le ravinement. Juste avant le passage du col, sur le seul replat disponible et au pied d’une petite source, la ferme du même nom servait de relais aux muletiers, souvent aussi assoiffés que leurs bêtes !

Plus loin et plus haut dans la montagne, l’occupation humaine était omniprésente il y a un siècle, liée comme partout à l’élevage ovin. En témoignent encore de superbes hameaux et fermes du bout du monde, comme ceux du Lavigné ou de Haute Mihubi. Ils donnent encore à ce désert des “terres rouges” son poids émouvant d’humanité…

4 réflexions sur « Le désert des « terres rouges » »

  1. Encore surpris sous l’effet du texte assorti d’images dans ces endroits où j’ai flâné je ne peux que constaté que la simplicité dans ce monde peut encore vous faire  » vibrer ». Merci Mr. le grand chaperon vert…et rouge.

    1. Merci à vous de suivre mes errances photographiques. Je vous souhaite une excellente année et …les mêmes émerveillements. Cordialement

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.