Alarcon ou le 1er Mai de Don Quichotte

Résumé des épisodes précédents : Don Quichotte était tombé follement amoureux de la belle Andalouse. Mais celle-ci a éconduit le prétendant, bien trop vieux et trop désargenté, malgré la noblesse et de la sincérité de ses sentiments. Déconfit, notre hidalgo se résout à quitter l’Andalousie et entreprend de regagner son pays d’origine, la Mancha, en tirant une mine aussi grise qu’un printemps qu’il avait pourtant cru prometteur. Sur place, cependant, planent de nouvelles et sombres menaces contre lesquelles notre gentilhomme au grand cœur va devoir se mobiliser…

Il faut dire que de bien mauvaises nouvelles parvenaient via Facebook du royaume de France. Les rumeurs les plus folles couraient comme des traînées de poudre. On parlait d’une réincarnation de Franco sous les traits d’une femme qui se prenait pour une Jeanne d’Arc chargée de libérer le pays des Maures. D’autres penchaient plutôt pour la réapparition du Maréchal (nous revoilà !) sous les traits d’une jouvencelle aussi bête et méchante que son modèle était sénile. Bref,  ,ça craignait un max et un champion de l’humanisme comme Don Quichotte se devait de réagir.

Comme on n’est jamais assez prudent devant les aléas de l’Histoire, il commença par gagner à marche forcée – plus de 100 km dans la journée – la citadelle la plus inexpugnable de toute la Mancha : Alarcon.

C’est ainsi que notre gentilhomme, juché sur sa fière monture, entra triomphalement le 30 Avril au soir, un mois juste après son départ, dans l’enceinte de ce village fortifié, lové dans le méandre des gorges du Rio Júcar, et classé, ce qui ne gâte jamais rien, parmi les plus beaux d’Espagne.

Au soleil levant (enfin, presque) de ce radieux 1er Mai des travailleurs, notre homme partit inspecter – en multipliant les photos – toutes les défenses rapprochées du village, le mur d’enceinte et les trois portes successives qui protègent son accès. Il ne put cependant juger de l’état défensif du château lui-même, reconverti en un luxueux parador exclusivement réservé aux richissimes propriétaires de quatre (et non deux) roues.

Dans l’après-midi, notre héros poussa le zèle jusqu’à entreprendre le tour complet du chemin de ronde, re-baptisé depuis, allez savoir pourquoi, « sentier de petite randonnée ». Ce joli parcours d’une dizaine de kilomètres lui permis d’inspecter ponts, murailles et tours de guet plantées sur les collines environnantes pour protéger les abords de la forteresse.

Enfin, rasséréné, Don Quichotte célébra comme il se doit la fête des travailleurs, par un acte symbolique porteur de l’humanisme qui l’animait. Insensible aux cris d’horreur et aux anathèmes féroces lancés par quelques révolutionnaires patentés, il alla donc remplir ses dévotions à l’église Saint Jean Baptiste !

Ce n’est pas cependant qu’il se soit soudain mué en bigot espagnol dans ce pays qui n’en manque point par ailleurs : l’église en question est désaffectée, et elle est aujourd’hui entièrement décorée de fresques abstraites, dont l’auteur, en dépit de son prénom (Jesus Mateo) ne prétendait rien d’autre qu’exprimer la dimension sacrée de l’Art. C’est très beau et celà donne envie de méditer, allongé de tout son long sur l’immense banc central qui constitue le seul mobilier de l’église, avec de la musique des Pink Floyd dans les oreilles…

Cependant, en entendant à la sortie un honnête Espagnol éructer un jugement aussi péremptoire et définitif qu’un sonore « Que bordel ! », Don Quichotte comprit que sa croisade humaniste et universaliste était loin d’être achevée, même chez lui, dans la Mancha…

Enfourchant sa monture, il se résolut à quitter l’abri douillet et rassurant que lui avait offert Alarcon et à reprendre l’éternel combat des gentilshommes de la Mancha contre les moulins à paroles (vides) et pour les moulins à vent (rebaptisés entre-temps « éoliennes »). Il entreprit alors de traverser la région pour gagner sa capitale, Cuenca, tout en sifflotant comme à son habitude « I’m a poor lonesome biker » (en Espagnol dans le texte)

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