De l’art de tourner en rond…

Ce matin, lorsque je me suis levé, j’avais impérieusement besoin de continuer à tourner en rond. Mais comme les nuages en avaient fini de vider dehors leur sac de pluies maussades, il était exclu de continuer à le faire dans le cadre exigu de mes quatre murs. Heureusement, je connais un lieu proche de la maison qui se prête parfaitement à cet art salutaire, assidument pratiqué depuis des siècles par les moines et les derviches tourneurs.

Le vallon de la Roche Trouée n’offre aucun débouché. Il ne conduit à aucun col facilement praticable. Par contre, allez savoir pourquoi, le sentier qui le remonte sur une rive s’offre le luxe insensé de le redescendre sur l’autre, décrivant ainsi une boucle aussi belle que parfaitement absurde et totalement inutile (encore une invention géniale de notre glorieuse Grande Muette dans les années trente).

Faut-il préciser qu’en conséquence cette splendide vallée en cul-de-sac est assez peu fréquentée, ce qui lui confère à mes yeux un charme supplémentaire. Car j’aime ce large vallon. Orienté plein Nord, il garde longtemps la neige poudreuse en hiver, et c’est alors mon Grand Nord. Tapissé de mélèzes et couvert d’éboulis de gros blocs, plantés là par des glaciers en fuite, il m’évoque les Rocheuses ou l’Alaska, tant par la découpe avant-gardiste de ses crêtes de grès que par les trois jolis miroirs que la fonte des neiges alimente avec amour afin que le printemps puisse s’y mirer.

Ce matin, mon vallon était fidèle à lui-même. Un sorcier aigri avait usé d’un vieux sortilège d’hiver pour pétrifier dans la glace le petit peuple de l’herbe. Un vent fripon s’infiltrait à travers la Roche trouée et soufflait sur mes doigts gourds. Têtu comme une mule, je m’obstinais à surmonter la Côte de l’Ane (2900 mètres d’altitude, tout de même), traversant des névés que les ardeurs matinales du soleil laissaient encore de glace.

Je ne vous dirai pas ici tout le beau qui vint à ma rencontre au cours de cette journée.
Sachez seulement que tourner en rond n’est pas toujours vain.
Celà dépend peut-être du sens que l’on choisit de lui donner.
Mais çà, la réponse est en chacun de nous, et je ne suis pas gourou.

Une réflexion sur « De l’art de tourner en rond… »

  1. Bonjour Mr. Tournesol ou plutot que tard pour cette promenade…Ouaaaah..!! quel décors qui m’a fait grincer les dents et les pieds en regardant vos images. Mais combien de kms ce parcours ou cette boucle pour se dégourdir les jambes, ça grimpe un peu…!!! mais on tourne toujours en rond qu’on le veuille ou pas…car il faut bien rentrer à « lou maïoun » n’est-ce pas…à..pas.? Merci pendant ce récit d’avoir changer de planète. Mathieu.

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