Et tout ça pour en arriver là !

Je sais : les voyages aériens n’ont strictement aucun intérêt, et, la plupart du temps, les récits de voyage encore moins. Alors, quitte à être ennuyeux, j’ai décidé de vous ennuyer à fond en vous racontant mon vol pour le Chili dans les moindres détails… Rien ne vous sera épargné !

Nice, mercredi 30 Août, 13 heures (heure locale). Je pénètre en caracolant fièrement sur ma monture dans le terminal 2. Pourtant mon entrée se fait dans l’indifférence la plus générale : fin de vacances et garde alternée obligent, l’aeroport est entièrement accaparé par une meute d’enfants en transit entre deux parents. Ca trépigne, ça s’énerve, ça pleure et ça se blottit dans les bras… Des souvenirs remontent tandis que me reviennent aux lèvres les paroles de « Papa blues » de Morice Benin…

Nice, mercredi 30 Août, 15 heures (heure locale). Replié dans un coin tranquille tout au fond de l’aéroport, j’ai tendrement glissé mon vélo dans son grand carton, et déversé toutes mes affaires dans le grand sac de voyages à deux ronds six sous acheté spécialement pour l’occasion. Je suis prêt et j’attends…

C’est alors que surgit un couple de deux autres zonards de mon espèce, immédiatement reconnaissables au grand carton de SDF qu’ils traînent derrière eux. Ils sont jeunes, Russes et démarrent à Nice un périple italien à vélo. S’ensuit, pendant qu’ils remontent leurs bécanes, un échange amical et intéressant entre fidèles de la secte très fermée du cyclotourisme. Je fais mon prosélytisme habituel pour warmshowers.org (auprès de Russes, faire la promotion d’un network né aux USA est encore plus amusant). Et puis c’est autant de temps d’attente à supporter en moins….

Nice, mercredi 30 Août, 18 heures (heure locale). Après une bonne demi-heure de piétinement à l’enregistrement, puis une autre au contrôle de sécurité, suivies d’une heure de déambulation obligatoire dans la vanité des produits de luxe, décollage de mon premier vol.

Paris, mercredi 30 Août, 24 heures (heure locale). Re-belote pour les deux dernières opérations à Charles de Gaulle, au cas où vous n’auriez pas bien compris que vous êtes les sujets, de qualité rigoureusement et fréquemment contrôlée, d’une prison dorée de luxes parfaitement inutiles. Décollage de mon second vol, pour Santiago du Chili.

Santiago du Chili, Jeudi 31 Août, 8h45 (heure locale). Avec le décalage horaire, il est en réalité pour nous 13h45 et c’est la durée réelle du vol. En résumé, une nuit blanche où tout est savamment mis en place pour vous empêcher de dormir dans ce qui s’avère rapidement presque pire qu’un fauteuil de dentiste comme instrument de torture. Tout tient du bonheur concentrationnaire de masse : la mal-bouffe de cantine en petits pots qu’il faut ingurgiter a des heures indues en se serrant les coudes pour ne pas en renverser sur ses voisins, la multiplication des écrans et des écouteurs individuels, pour vous dissuader d’entamer tout échange verbal avec vos compagnons volontaires d’infortune.

Comme d’habitude, je n’ai pu résister à mon rôle de vieux papy faisant de la résistance. Celà m’a laissé d’un côté le temps d’ébaucher une idylle prometteuse avec l’une des hôtesses de l’air en la faisant rêver de balades à 15km/h, elle qui se déplace perpétuellement a plus de 900 (elle m’a même offert à l’arrivée une trousse de toilette Air France, ah, ah !). Et puis, j’ai réussi de l’autre à entreprendre ma jeune voisine, une étudiante chilienne. J’ai son contact à Valparaiso et celui de sa famille – tenez-vous bien – à Puerto Williams, le terme prévu de mon voyage, juste en face d’Uschaia. Si vous n’interprétez pas ça comme de bon augure…

Santiago du Chili, Jeudi 31 Août, 13h (heure locale). Récupérer vélo et bagages. Se frayer laborieusement un chemin d’un terminal à l’autre avec mon char d’assaut, assailli par une meute déchaînée de taxi-men et de guides certainement plus intéressés qu’intéressants. En prime, une heure de piétinement à l’enregistrement, suivi d’un contrôle de sécurité débonnaire – la douane chilienne m’autorisant même exceptionnellement à conserver ma bouffe et mes fruits secs. Enfin, un dernier palier de conditionnement, dans le même univers frelaté qu’aux escales précédentes (ah, la boutique Fauchon de Santiago !). Décollage de mon dernier vol. L’avion est à moitié vide…

Arica, Jeudi 31 Août, 15h (heure locale). L’aéroport est minuscule et sans un seul commerce (c’est dire!). Sa piste unique semble avoir été tracée dans le sable de la plage avec une pelle, comme un jeu d’enfant. Autour, il n’y a rien que le désert et une seule route. Je suis à quelques kilomètres de la frontière péruvienne et quatre fois plus près de Quito que de Santiago. Me voici enfin arrivé au milieu de nulle part… Comme conscient de son erreur, mon avion regagne la capitale sans attendre. L’aéroport ferme ses portes. Je m’installe tout seul dehors et m’étale sur un banc public. J’ai tout mon temps pour remonter ma deux-roues, reconstituer son chargement, et filer ensuite dans le désert, le long de la panaméricaine n°5, jusqu’a Arica…

La ville, je vous la raconterai dans quelques jours….

 

9 réflexions sur « Et tout ça pour en arriver là ! »

  1. Quel courage… débarquer sur une autre planète ..en cyclo.. avec ses « habitudes »…j’ai hâte de connaître la suite…et ses dangers…. mais c’est vrai aussi que Paquito connaît les « Espagnols » il est un peu chez ses cousins…mais quand même..bonne route..! Surprise,surprises. Mathieu.

        1. Ah je me sens beaucoup mieux ! Le second épisode laisse perplexe: quel drôle d’endroit, cet Araca ! Sauve-toi vite !
          Et continue à raconter ! Ça donne envie de partir !

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