Le promeneur des lacs (De Villarica à San Carlos de Bariloche)

El Lago de Calafquen (Coñaripe)

Cette courte étape n’a curieusement réellement commencé pour moi qu’au moment où je suis arrivé à son terme, Coñaripe, une petite station balnéaire située sur les rives du lac de Calafquen. La position GPS de l’hostal étant fausse, j’errais en désespoir de cause le long de l’avenue principale jusqu’au moment où je finis par me faire repérer par les gérants des lieux. Une grande et vieille maison de bois, toute en escaliers qui craquent et en recoins. Un jardin un peu fou tout autour. Mais surtout une ambiance où tout se partage spontanément et où l’on se sent immédiatement comme chez soi. Clara, son compagnon et leur « maison bleue adossée à la colline » furent ma première belle rencontre sur le tour des lacs.

El Lago Pirihuelco (Puerto Fuy)

Ce fut une longue, belle et chaude étape, avec des vues splendides sur les lacs Calafquen et Panguipulli. Elle s’acheva dans le petit village de Puerto Fuy, au bord d’un autre lac, celui de Pirihuelco. La route s’achève ici. Le lendemain, elle se poursuivra en bateau, mais auparavant, quelques réflexions sur Puerto Fuy.

Toute la région est aujourd’hui une réserve naturelle privée, gérée par une « fondation » en principe à but non lucratif. C’est la réserva biologica de Huilo Huilo. A première (et courte) vue, on devrait se féliciter d’une telle initiative, visant à la fois la protection du milieu et un développement touristique respectueux de l’environnement. Le problème, c’est que dans la réalité, ces nobles intentions ont accouché d’un ensemble immobilier de plusieurs hôtels de luxe et d’un camping, c’est à dire d’une sorte de grand Club Méd pour classes moyennes supérieures, soigneusement implanté d’ailleurs à distance du village. Quant au recours massif, dans ces constructions, aux rondins et au bois en général (coupé dans la réserve, m’ont dit les habitants), il y ressemble bien davantage à du « green washing » d’ambiance qu’à de la véritable architecture bio-climatique…

Le village de Puerto Fuy lui-même n’est, comme souvent ici, que l’alignement autour de quelques rues en terre, de maisons disparates et souvent de guingois. Pour ma part, j’ai poussé la porte d’une auberge, l’hostal San Giovanni. Elle ne payait pas vraiment de mine, mais elle était ouverte – j’étais donc sûr d’y trouver le gîte et le couvert – et il commençait à se faire tard. J’étais le seul touriste. Les autres pensionnaires étaient tous des ouvriers, chiliens ou haïtiens, travaillant sur des chantiers alentour. La douche était froide. L’accueil de la patronne presque autant. Mais la soupe était chaude et généreuse et je n’en demandais pas plus. Le lendemain matin (le bateau ne partait que vers midi), j’avais cependant réussi, en usant de tout mon charme et surtout à force de questions sur son village, à attendrir la chef d’établissement : au moment du départ, elle m’offrit spontanément un café accompagné de quelques biscuits.

A ce moment-là, j’ai pensé que le vrai développement local, c’eût été d’aider – pour un budget sans doute dix fois moindre – cette femme et les autres habitants du village à mettre aux normes leurs chambres d’auberge et leurs petites « cabañas” de location, plutôt que de créer hors-sol des équipements pharaoniques. Mais c’est sans doute ce qui sépare les écologies de droite et de gauche…

Los Lagos Nonthue y Lacar (San Martin de Los Andes)

Le lendemain, nous étions peu nombreux à attendre sur l’embarcadère le ferry de Pirihuelco. J’y papotais tranquillement avec deux jeunes qui avaient la bonne idée de proposer sur le quai beignets et café. C’est alors que, quinze minutes avant l’embarquement et sans paraître s’en faire plus que ça (il n’y a pourtant qu’un seul ferry par jour ) sont arrivés deux voyageurs à vélo, Dominique et Raimon, la première venue de Suisse, le second de Catalogne. Nous avons sympathisé à bord du bateau, pendant qu’il glissait sur le lac comme si nous remontions un fjord d’Alaska, sous un ciel bas et plombé, troué de fulgurantes et splendides percées de soleil.

Nous avons pris congé en descendant du bateau. Nous nous sommes rattrapés dix kilomètres plus loin aux contrôles (débonnaires) des postes frontière chilien et argentin. Mais surtout, nous nous sommes retrouvés, quelques kilomètres plus loin encore, attablés ensemble sur la terrasse d’une auberge, l’hostería Hua Hum, presque aussi improbable sur cette route que l’Auberge des Aiguilles sur celle du Col des Champs (ceci est une publicité gratuite!). Une immense bâtisse dans un endroit splendide, avançant son fragile quai de bois sur les eaux du lac Nonthue, à mi-chemin entre le restaurant pour touristes de passage et le refuge de montagne. Il nous restait quarante à cinquante kilomètres de ripió pour rejoindre San Martin de Los Andes. Nous avons convenu que l’heure était trop tardive et qu’il valait mieux passer la nuit sur place. Mes deux lascars, désargentés, ont même réussi à convaincre les employées de leur accorder la gratuité – c’est tout dire de l’ambiance plutôt cool qui régnait dans l’établissement. Le lendemain, nous nous sommes rattrapés – dépassés à plusieurs reprises. Et le soir, à San Martin, mes compagnons de route m’ont invité à partager un asado dans leur camping (tout terrain digne de ce nom propose ici un barbecue par emplacement) . Dominique et Raimon furent ma seconde belle rencontre sur le tour des lacs…

El Lago Falkner (la Ruta de Los Siete Lagos)

C’est à San Martin de Los Andes que j’ai renoué avec mes amours argentines, je veux dire par là que j’y ai retrouvé, deux mille kilomètres plus au Sud, la célèbre RN 40, la « Cuarenta”. Elle s’affiche même, entre San Martin et San Carlos de Bariloche, sous un autre nom, encore plus affriolant, la Ruta de Los Siete Lagos. Les deux premiers jours, jusqu’à La Villa Angostura, furent un enchantement, et le dernier un cauchemar… Dès le moment, en effet, où l’on rejoint la route trans-frontalière reliant Osorno (Chili) et Neuquen (Argentine), on renoue d’un seul coup avec une chaussée étroite en même temps qu’avec un flux automobile multiplié par trois.

L’enchantement. Le camping sur lequel je comptais, sur les rives du lac Falkner, est manifestement à l’abandon. Nous ne sommes que deux à l’utiliser, un camping-car argentin et moi-même. Nous aurons vite fait de faire connaissance, Mario, Liliana et moi, tant et si bien que nous passerons la soirée autour d’une bonne bouteille, à contempler les eaux du lac s’endormir paisiblement, enlacées dans les bras des montagnes. Toute cette nuit-là, la porte de ma petite tente restera grande ouverte sur les yeux brillants des étoiles, sur la robe à paillettes de la Voie lactée et sur le miroir du lac… Finalement c’est juste pour vivre quelques moments comme celui-là que l’on voyage.

Le cauchemar. Nous sommes Samedi. Ça circule à tout va. Camions et autocars me rasent de près et me mettent les nerfs à vif. Il pleut par giboulées glaciales. Le vent s’est relevé de ses ruines et témoigne d’une belle fraîcheur. J’avale les 80 kilomètres sans un arrêt, par rage, par désespoir, par peur de prendre froid ou de finir à la rubrique des chats et des cyclistes écrasés. Parvenu à Bariloche avec une journée d’avance, il me faut démarcher ensuite pas moins de 6 pensions avant de pouvoir trouver un lit… C’est aussi pour des moments comme celui-là que l’on voyage. Ça vous force à vivre.

El Lago Nahuel Huapi (San Carlos de Bariloche)

C’est ici la croisée des chemins. Je dois choisir : soit, route classique, poursuivre plein Sud en Argentine sur la RN 40, soit me lancer le long d’un itinéraire bien plus compliqué, retournant au Chili pour gagner Puerto Montt et traversant en bateau trois lacs successifs. C’est bien sûr, vous vous en doutez, cette solution, plus originale, plus tordue, et surtout interdite aux voitures, que j’ai finalement retenue.

Le temps de la mettre en place, il s’est passé quelques jours dans cette ville dédiée entièrement au tourisme qu’est Bariloche. Le temps de m’y lier avec un jeune couple aussi attachant qu’atypique, lui, Français, elle, Italienne, tous les deux vivant en Australie… Le temps aussi de changer les freins de Rossinante, après plus de 4000 kilomètres parcourus sans histoires, et avant qu’elle ne finisse par peter un câble…

7 réflexions sur « Le promeneur des lacs (De Villarica à San Carlos de Bariloche) »

  1. J’te f’rai dire (comme disent les enfants !), qu’à la maison bleue adossée à la colline, on y vient à pieds !!!
    Bon, maintenant que j’ai remis un peu d’ordre, ça fait quoi de vivre à l’envers ? Nous on se pèle !!!
    Ton périple se déroule entre découvertes et belles rencontres, les ingrédients indissociables de la réussite d’un voyage. C’est chouette !

    1. Ce jour-là, je me suis tapé 3 fois la rue principale – très longue -à la recherche de mon gîte. Ça vaut bien une marche à pied. Pour le reste, la région des lacs est un peu comme la Suisse ou la Haute Savoie. Après le désert, c’est reposant et plus humain …En attendant la Patagonie, dans quelques jours. Je t’embrasse.

  2. les paysages sont magnifiques
    on en prend plein les yeux
    quand je pense que tu es a un jour de l’été
    comme je t’envie!
    raconte encore Paquito….
    tu as un réel talent d écrivain…
    jolie route à toi
    et bon noel sous les arômes de fleurs!

  3. Cher Paq,
    Nous partageons cette idée farfelue que les chemins les plus compliqués nous donnent accès … à quoi, au fait?
    Tu le sais définitivement mieux que moi.
    Impatiente est rossinante de trouver le vent de Patagonie…quand tu l’as de face, il est plus efficace, pour te freiner, qu’un câble neuf…. mais quand il s’agit de te réfréner, rien n’y fait!
    Take care my friend.
    Bises

    1. Les chemins farfelus nous font rencontrer la beauté de notre petite planète, et surtout l’infinie variété de l’espèce humaine. Cela devrait suffire à nous ravir l’ame, non ?

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