Uschuaia : mon passage du Cap Horn…

Impossible d’être arrivé à Ushuaia sans sacrifier – vous en conviendrez – au rituel héroïque du passage du Horn. Mais attention, pas question pour ça de céder aux sirènes de la facilité (nombreuses sur les quais du port), ni de trahir mes convictions d’écologiste pur et dur. C’est à la voile et non en bateau à moteur que j’avais donc choisi de tenter l’exploit. Récit de l’expédition…

Dès que nous avons embarqué à bord de notre frêle esquif, le capitaine a tenu à nous mettre en garde : ça allait être très dur de remporter notre challenge. Il faut dire que les conditions météo étaient totalement inhabituelles en Patagonie. En effet, il ne pleuvait pas, il ne ventait même plus, et la mer était aussi étale qu’un vacancier vautré sur sa serviette de plage. C’est dire que rien ne facilitait ce jour-là la navigation à la voile… Pour ma part, je laissais le vieux loup de mer ronchonner seul à la barre, mais me réjouissais intérieurement de pouvoir arpenter un pont à peu près horizontal et non incliné à 40 degrés de gîte… Cela ne m’empêcha cependant pas d’y renverser ma tasse de café, à cause des remous provoqués par le croisement d’une autre embarcation. Avoir le pied sûr en montagne n’est pas l’avoir marin pour autant..

Après plusieurs heures de cette périlleuse navigation, passées à se battre avec des éléments refusant obstinément de se déchaîner, nous parvînmes enfin en vue d’un cap et de son phare. Hélas, ce fut pour nous rendre compte que les choses avaient bien changé depuis les temps héroïques : loins d’être d’intrépides navigateurs solitaires, nous avions été précédés par un millier de pingouins imperturbables face au millier d’objectifs et de téléphones mobiles brandis depuis un paquebot de croisière. Et ceci sans compter les autres navires de toutes tailles venus se mesurer au mythe périmé du Cap Horn.

Dépités, nous affalames des voiles devenues aussi flasques que notre détermination, et nous nous éclipsames discrètement au moteur, tournant le dos à la légende ainsi profanée. Notre capitaine faufila le bateau entre des îles, empruntant d’étroits canaux que seul le faible tirant d’eau du voilier autorisait. Là, nous pûmes approcher à quelques encablures du rivage pour faire la différence entre les pingouins royaux et ceux de Magellan, pour observer les nids des Cormorans des rochers, pour voir les lions de mer jouer à cache-cache autour du bateau.

Il n’y avait pas d’autres navires à l’horizon, à l’exception d’un pêcheur de crabes australs.
Nous étions en tout et pour tout à bord quatre passagers et deux hommes d’équipage.
Ce n’était pas le Cap Horn, seulement les alentours de l’île de Gâble, dans le canal de Beagle.
Il n’empêche que le monde et les deux océans nous appartenaient…

4 réflexions sur « Uschuaia : mon passage du Cap Horn… »

  1. Paquito mon frère, un détail me perturbe, pourquoi, le Cap Horn ( celui qui se visite, et pas tous les jours apparemment) est -il situé sur cette ile au milieu d’un archipel, dans l’océan pacifique et non pas à l’extrémité de la terre de feu, là ou les 2 océans se rejoignent, avec au large l’ile des États ?
    Puisque tu es sur place éclaires nous sur cette énigme .
    Sinon, ces petites croisières dans le secteur, ont l’air bien tentantes ( pour ceux qui n’ont pas le mal de mer évidement….) j’ai trouvé une autre organisation qui s’occupe de ça également : https://www.objectifvoile.org/le-bateau . Les Français ont l’air bien implantés ds le secteur.
    Bise à notre aventurier qui craint « degun ».
    Gégé

    1. Il faut reprendre toute l’histoire de la découverte de ces côtes et de ces passages maritimes. Peut-être le Cap Horn a-t-il été découvert avant le canal de Beagle et le détroit de Magellan ?

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