Sur le chemin du retour (de Puerto Williams a Punta Arenas)

Adieux à l’île (Navarino)

Hier, je suis allé parcourir à vélo les 56 kilomètres qui séparent Puerto Williams et Puerto Navarino, comme ça, juste pour le plaisir malicieux de se glisser sous l’arc en ciel tendu par les nuages, juste parce que la vraie fin de la Carretera Austral, c’est ici qu’elle se trouve.

C’est la seule route de l’île et ce fut un bonheur absolu, des lumières qui inondaient le canal de Beagle jusqu’aux saluts sympathiques des quelques véhicules à moteur, déconcertés de voir un cycliste sur cette route du bout du monde… Ce fut ma manière à moi de saluer cette île de Navarino, et de lui dire au revoir…

Demain, en effet, je prends le chemin du retour. Et vous ne pouvez savoir combien j’ai envie de vous revoir, vous tous, qui m’accompagnez depuis des mois, et quelle joie ce sera. Le cœur serré de quitter mais heureux de retrouver : le lot commun des voyageurs, non ?

Attention ! Un voyage (retour) peut cacher un autre (aller)

Ce n’est pas un hasard si, pour regagner d’abord Punta Arenas, puis Puerto Montt, la question ne s’était même pas posée : j’avais choisi sans hésiter la voie maritime et le ferry, poussé – croyais-je alors seulement – par les souvenirs de mon beau voyage en Alaska et Colombie britannique.

Ce n’est pas un hasard si mes balades à Port Williams me ramenaient fréquemment près du mouillage (un vieux bateau militaire mis à la retraite) où viennent s’ancrer les quelques voiliers qui s’aventurent vers l’Antarctique, le Cap Horn ou les Canaux patagoniens.

C’est par contre un pur hasard – à condition d’y croire – si parmi les quelques rares randonneurs (six !) rencontrés pendant mon trek figuraient deux jeunes marins ayant troqués pour trois jours leurs bottes contre des chaussures de marche. Cette rencontre fut ce qui provoqua le déclic, ou plutôt libéra en moi un rêve de gosse profondément enfoui. Je m’acharnai alors à garder le contact, descendant à plusieurs reprises jusqu’à leur mouillage pour leur demander des plans ou des adresses-mail. Et dès que j’en eu obtenus, j’envoyai quelques bouteilles virtuelles à la mer…

Une réponse me parvint dès la marée suivante. Il s’en fallut de quelques jours pour que je ne décide de regagner Puerto Montt à la voile. Mais il faut aussi laisser à nos rêves le temps de mûrir et de s’épanouir, surtout lorsque, comme moi, on a encore toute la vie devant soi… C’est ainsi que je regardai avant hier, depuis le pont du ferry, s’éloigner les maisonnettes colorées de Puerto Williams, puis les sommets acérés de Las Dientes de Navarino…

Quelques heures plus tard, au beau milieu du canal de Beagle, notre ferry poussif réussit à doubler un petit voilier qui naviguait au moteur. Quelques minutes plus tard, un certain Jacques Perez était convoqué dans le poste de pilotage. Le capitaine me tendit le radio-téléphone : à l’autre bout du sans-fil, il y avait tous les marins rencontrés à Puerto Williams. Quant au bateau que nous venions de dépasser, c’était le Manamo, celui-la même qui m’avait répondu, et sur lequel, c’est maintenant certain,  j’embarquerai l’hiver, ou plutôt l’été austral prochain.

Décidément, le hasard n’existe pas, surtout pour ceux qui savent le saisir…

Le premier à me faire rire (Puerto Williams – Punta Arenas)

Pour le moment présent, j’ai savouré tous les moments de ce premier parcours en ferry vers Punta Arenas. Nous sommes partis avec plus d’une heure de retard, et arrivés avec deux d’avance. Nous avons louvoyé dans d’étroits chenaux où je ne pensais pas possible d’aventurer un aussi gros bateau. Il faisait trop chaud dedans et trop froid dehors, sur le pont. La bouffe était aussi insipide que dans un hôpital français. Nous avons eu tous les temps possibles en l’espace d’une trentaine d’heures – incroyable coucher de soleil, pluie en rafales et vent gris (sauf, heureusement, une vraie tempête). En bref, ce fut vraiment parfait !

 Sur le chemin du retour (de Puerto Williams a Punta Arenas)

Ainsi mon voyage de retour est-il comme une lente remontée à la surface, jalonnée de paliers de décompression. Ce premier trajet de 28 heures en ferry en fut un. Demain, je pars randonner dix jours dans Las Torres del Paine. Ensuite, un second ferry m’attend, mais cette fois pour quatre jours de navigation… Puis, trois jours à Valparaiso, suivis de deux jours à Santiago chez des amis, avant le grand saut final ….dans le connu.

Mais, ceci dit, attention ! La preuve est faite qu’un voyage peut très bien en cacher un autre…

4 réflexions sur « Sur le chemin du retour (de Puerto Williams a Punta Arenas) »

  1. Il y quelque chose qu’on oublie souvent de faire dans nos voyages…et c’est de repasser ou l’on est deja passe…un peu plus tard.
    J’avais un peu decouvert cela en Grece avec le Renard Vagabond.
    C’est un grand plaisir de retrouver les gens qui vivent la…et un grand honneur d’etre reconnu et accueilli par ceux qui habitent la. On acquiert alors un statut un peu different que celui d’un touriste ordinaire. Si on revient…c’est qu’on y tient!
    Interessant ce voyage retour qui doit un peu recroiser tes anciennes traces.
    Ca va surement provoquer des retrouvailles imprevues…et pas seulement radiophoniques!
    Bon paliers de decompression…avant de respirer l’oxygene de chez Père(z) et Mer(e)Cantour.

    Ca fait combien de decennies qu’un voyage en cache un autre pour toi?

    Bon vent!

    1. Je suis de ceux qui ont découvert depuis longtemps le bonheur de retrouver des traces anciennes, de revenir sur ses pas, de creuser des terriers d’amitie Où il fait bon s’abriter de temps en temps. Et j’espere Que ma maison va devenir de plus en plus une auberge espagnole de ce type.

  2. Heureuse pour toi qu’un nouveau projet se dessine à ton horizon. Merci du fond du cœur pour tous ces partages écrits et photographiques. Un bijou. Je t’embrasse et te souhaite du chaud dans ta chaumière-auberge-espagole-berrichonne

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