Pèlerinage à la Mecque des cyclistes

imageDimanche 15 Mai
Sauze – La Penne par les cols de Félines et du Trebuchet

Depuis ma virée au Canada, descendre au petit matin de Sauze à Entrevaux est devenu comme un rituel rassurant, gage de succès pour mon nouveau challenge : traverser la France en oblique en musardant le long des plus petites routes.
A Entrevaux, me voici au pied du mur. C’est le cas de le dire car les cinq cent premiers mètres vers le col de Félines frôlent allègrement les 14%… De quoi renforcer mes doutes et mon appréhension… Heureusement, la route devient ensuite plus raisonnable et plus régulière, me permettant de triompher sans trop de mal dans mon duel d’altitude avec la fameuse citadelle.
Ce premier col donne accès à l’un de ces vallons reculés et verdoyants dont les montagnes de l’Esteron cultivent le secret. Il porte le nom de Val de Chavagnes, mais on a plutôt envie de dire « Val de Cocagne » tant cette opulence printanière de verdure paraît insolite au cœur de nos Préalpes Méditerranéennes…
L’ascension du second col sera nettement plus laborieuse, mais connaîtra un final inattendu, mon arrivée au sommet déclenchant une ovation d’encouragement. Je m’aperçois alors que je suis à contre-sens d’un rallye cycliste dont le col du Trébuchet est l’un des points de contrôle et de ravitaillement.
Après cette arrivée triomphale promise à la postérité, la suite sera heureuse et belle. Et même si la maison de mes amis Mari-Luz et Ghislain se juche au sommet d’un terrible raidillon, la soirée passée avec eux apaisera un peu mes appréhensions concernant l’étape du lendemain. Ghislain m’entraîne vers ce qui est sa passion : ce jardin dont il fait un vrai terrain d’expérimentation horticole (un chercheur scientifique, même retraite, ne peut se passer de faire des expériences ). Nous finissons la soirée à l’auberge de la Penne. Comment remercier assez ces militants historiques des Verts, de ceux qui non seulement, sans de décourager, restent fidèles à leurs idées, mais essayent aussi de les mettre en pratique dans leur vie ?

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Lundi 16 Mai
La Penne – Andon par les cols de Pinpinier, de Bleine et de Castellaras

L’une de ces étapes qui résument tout le bonheur de pédaler dans les vallées méconnues de l’Esteron : de très beaux villages perchés au bout du monde (Cigale, Aiglun, Le Mas), des traversées de clues spectaculaires (Riolan et Aiglun), et rien que des petites routes très peu fréquentées y compris un Lundi de Pentecôte… Exactement ce qu’au plus profond mon itinéraire fantasque est venu chercher.

Après, il y a tout ce qui sépare le rêve de la réalité, à commencer par les mille mètres de dénivelée qui séparent le pont du Riolan et le col de Bleine. La, il me faut bien avouer une chose : si mes hôtes d’Andon ne m’avaient pas téléphone en fin d’après-midi pour savoir où je trainais misérablement ma carcasse sur deux roues, jamais je n’aurais tente l’ascension du dernier col à six heures du soir. Cela sert aussi parfois à ça, des hôtes Warmshowers ! Ne voulant pas décevoir l’attente de ces gens qui m’espèrent sans pourtant me connaître, j’ai puisé un bon coup dans mes ressources pour arriver à sept heures passés au pied de leur belle maison. Au-dessus de la route, depuis la maison, Agnès me guettait, craignant que, dans mon élan, je ne dépasse leur demeure…

La soirée passée chez eux résume tout ce qui donne son prix – et ceci sans le moindre rapport financier – a Warmshowers , ce réseau Internet entre cyclistes voyageurs : un accueil chaleureux, bien sûr, mais aussi une complicité d’expériences et d’intérêts ou plutôt une vision du monde commune dont l’humanisme pratique au quotidien serait le carburant principal. Nous allions nous apercevoir un peu plus tard que six mois avant, à quelques jours d’intervalle, nous avions héberge le même cycliste néerlandais …. Quarante kilomètres à peine nous séparent à vol d’oiseau, mais sans ce réseau Internet, jamais nous ne nous serions rencontrés…

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Mardi 17 Mai
D’Andon aux Louches (gorges du Verdon) …sans le moindre col !

Adieu, l’Esteron et bonjour le Verdon ! Pas question de céder cependant aux sirènes touristiques du Grand Canyon ! Je n’effleurerai les chemins de la gloire que sur un peu plus de cinq kilomètres, pour gagner le fameux Point Sublime (devenu un parking-souk a cartes postales et fromages de chèvres). Le matin m’avait vu me faufiler le long de paisibles villages perdus (La Martre, Chateauvieux, Brenon). L’après-midi, c’est encore pire : je me lance sur la D17, qui devait primitivement relier le Verdon a Digne, la préfecture, et qui est l’une de ces rares routes départementales restées à jamais « en jachère ». Autrement dit, cette liaison n’a jamais été achevée et subsiste aujourd’hui à l’état de piste sur environ 14 kilomètres. Autant dire que ce n’est pas la foule sur cette « départementale »…
Il reste que la petite route qui part du village perché de Rougon, au-dessus du fameux Point Sublime, et dont le bitume expire une vingtaine de kilomètres plus loin au milieu d’un troupeau de brebis, est un vrai paradis perdu. C’est la, à côté d’une chapelle, que je planterai ma petite tente pour mon premier bivouac… J’aime cette alternance de soirées solitaires en pleine nature et de rencontres reposant au contraire sur une grande sociabilité.

 

Mercredi 18 Mai
Du hameau des Louches (gorges du Verdon) au hameau des Fons (Digne)

La D17 est sans conteste la route la plus sauvage des Alpes de Haute Provence. Du côté Verdon, entre Rougon et les Louches, 20 kilomètres pour desservir quelques rares hameaux. Du côté Digne, plus de 20 autres entre Majastres (2 habitants à l’année !) et le village de Mezel. Entre ces deux sections goudronnées, 14 kilomètres de piste forestière… J’y croiserai en tout et pour tout un énorme camion transporteur de grumes. A votre bonheur, Messieurs, Dames ! Pour me remettre de toute cette solitude, il me suffit heureusement de quelques kilomètres sur la RN 85 juste avant Digne…

Là, dans un petit hameau a l’écart, au creux d’une vieille demeure amoureusement retapée , m’attendaient Éric et son épouse. L’accueil de ces deux cyclistes voyageurs qui ont pédalé six mois en Grèce et dans les Balkans fut encore une fois plus que chaleureux et réconfortant.

 

Jeudi 19 Mai
Digne – Sisteron par le col de Fontbelle

Pour relier Digne et Sisteron, j’avais pour la première fois la liberté de choisir entre deux itinéraires : passer par les vallées de la Bleone et de la Durance, ou bien par la montagne, en franchissant le col de Fontbelle. Malgré la fatigue des jours précédents et en dépit d’un fort mistral, j’optais – par orgueil – pour la solution la plus difficile. Je ne sais pas si je dois regretter ou non ma décision. D’un côté, l’itinéraire qui passe par les villages de Thoard, Mélan, Authon et Saint Geniez est absolument sublime par les horizons lointains qu’il découvre. De l’autre, l’ascension du col (850 mètres de dénivelé tout de même) fut pour moi une vraie épreuve de force : sur le final, je devais m’arrêter tous les 150 mètres…. Et à cause du vent violent, même la longue descente sur Sisteron ne fut pas réellement une partie de plaisir…
Reste que tout en bas dans la vallée m’attendait la maison d’Anne et de son compagnon, deux enseignants porteurs de valeurs et d’une volonté de changement de mode de vie dont je ne pouvais que me sentir proche…

Vendredi 20 Mai
Sisteron – Les Omerguez (la vallée du Jabron)

Aujourd’hui, plus question de jouer les conquérants de l’inutile ! Je remonte paisiblement cette belle vallée du Jabron qui coule au Nord de la montagne de Lure. Une courte étape que j’ai décidé de clore au pied du col, m’accordant tout un après-midi de repos dans une petite auberge, aux Omergues. Ce fut tout le contraire de la veille : la route me fut douce et le vent caressant. Je pus savourer au passage les croissants délicieux de la boulangère de Noyers sur Jabron, faire mon petit marché local à Saint Vincent sur Jabron, et le plein de tous les commérages des matrones aux Omergues… D’ailleurs mon voisin de chambre s’appelait, je crois, Marcel Pagnol…

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Samedi 21 Mai
Des Omergues à Velleron (Comtat Venaissin) par le col du Negron et les gorges de la Nesque

Un col un peu raide, mais assez court, pris d’assaut de bon matin. Sur l’autre versant, les immensités du plateau d’Albion. Puis la superbe et longue glissade dans les gorges de la Nesque, avant de cheminer au milieu des vignobles. Une longue et belle étape, même si le week-end rameute inévitablement ses foules motorisées en tous genres. Je sacrifie au milieu de dizaines d’autres cyclistes au culte du Mont Ventoux, dont le tour ou mieux l’ascension sont devenus la Mecque des pratiquants du deux roues à pedales. Je ne sais si cette prière sur la route nous vaudra à coup sur le Paradis des cyclistes, mais cela nous laisse pratiquement maîtres de la chaussée, voitures et motos paraissant presque incongrues dans et autour de Sault.

 

 

 

Cri d’amour et de rage pour une petite reine déchue

 » Rouler, rouler, pédaler et pédaler encore avec ma deux roues. Oui. Il faut que je vous parle d’elle, de mon grand amour, la deux roues, que je chevauche depuis tant d’années et sous tous les cieux… (…) Rouler, rouler à tout va, à tous vents, d’ouest, de noroit, de suroit, ceux qui ont du souffle et de l’ambition, ceux de chez moi qui m’apportent les bonnes nouvelles du monde, ceux qui vont plus vite qu’ailleurs, qui ne laissent pas de traces et réinventent le ciel… (…)

Oui, rouler, rouler sur ma deux roues pour faire fondre la boule que j’ai au fond du ventre, et pour toucher du doigt les jours meilleurs. (…)

Ma colère est joyeuse, ma rage entreprenante, mon idéalisme chevillé au corps, ma capacité d’étonnement sans faille et ma naïveté lucide…. »

Jacques Gamblin

Intégralité du discours (23 minutes de pur bonheur) : https://youtu.be/7rCy8lje4YU

Training and coaching on the French Riviera

Bien qu’aussi barjot que la vedette du même nom est frigide, je reste cependant assez humble et prudent pour ne pas me jeter aveuglément sans préparation sur les routes aventureuses de Bretagne, puis de Patagonie. J’avais donc résolu de consacrer ma première vraie semaine de retraite à une préparation physique intense – autrement dit un training – et choisi pour celà un lieu aussi discret que la Côte d’Azur à quelques jours du Festival de Cannes…

Me sachant cependant incapable de résister à toutes les tentations qu’offrent ces idylliques contrées, pétries de luxe (très affiché), de calme (très relatif) et de voluptés (très fantasmées), j’avais décidé de recourir aux services d’un coach capable de garantir toute la rigueur nécessaires à ces quelques jours de remise en forme. J’ai donc décidé de faire appel à la personne la moins susceptible de faiblesse à mon égard, celle qui connaissait parfaitement mes faiblesses et mes côtés les plus retords : mon ex-épouse. Laquelle accepta à la condition expresse que le coach puisse exercer ses fonctions du haut d’un vélo à assistance électrique, tandis que le héros de ces lignes se contenterait pour propulser son deux roues de ses jambes et de l’assistance morale distillée par le coach.

Quelles conclusions tirer de ces 5 jours, des 247 kilomètres parcourus et des 3769 mètres péniblement gravis ? D’abord ce que sait tout un chacun : le vélo reste le meilleur entraînement possible pour tous ceux qui se savent d’avance promis aux supplices de l’enfer… Ensuite que le meilleur terrain pour s’y préparer est bien la Côte d’Azur, le seul endroit en France où l’on risque sa peau en permanence, que l’on soit noyé au milieu d’un flot anarchique et d’un tintamarre méditerranéen de bagnoles (auprès duquel le Grand Prix de Formule I de Monaco apparait comme une aimable plaisanterie) ou pire que l’on essaye de rouler un jour férié sur la seule piste cyclable du département, la célébrissime Promenade des Anglais.

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Ensuite, paradoxalement, que tout fut bel et bien. La météo, d’abord (cinq jours d’incroyable printemps). Le plaisir, ensuite, de dénicher quelques petites routes encore paisibles et aux secrètes beautés provençales, du côté de Coursegoules, des gorges de la Siagne, du pays de Fayence ou du massif du Tanneron (en bref, à l’écart de la Côte d’Azur). Enfin, les doutes que pouvait nourrir au départ notre tandem sur ses capacités physiques respectives furent rapidement dissipés (pour le coach, grâce à son VAE et pour le cycliste, grâce à son coach, bien sûr).

Au final, ces quelques jours de training et de coaching furent un moment précieux propulsé par un carburant inconnu, mais écologique (et donc adapté au vélo), dont je ne saurais donner la formule : amour ? amitié ? – en tout cas, affection et complicité. Pour le reste, sans doute vaut-il mieux en demander le secret à nos enfants…

En tout cas, me voici moralement et physiquement prêt à rouler vers l’Armorique. Je vous le redis : rien de tel qu’un petit training accompagné d’un coaching efficace, on the French Riviera…

coaching on the French Riviera